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La pose longue

lundi 5 octobre 2015

Patrick Dagonnot dont vous pouvez voir un extrait du travail sur le site Chambre Noire nous propose un dossier complet sur la pose longue en photo numérique. (Article 5 octobre 2015).

La pose longue est un domaine qui attire bien des photographes mais suscite également bien des interrogations. Voici donc un petit récapitulatif sur ce qu’il faut faire.

1 - Préparation

  • Le format de photo : En pose longue, on ne recherche pas la vitesse, on prend son temps et surtout on cherche le rendu le plus qualitatif possible, donc on choisi le format RAW qui est celui qui nous apportera la plus grande latitude de traitement après la prise de vue.
  • La balance des blancs : En format RAW, la balance des blancs pourra se gérer au post-traitement. On la règle donc sur automatique.
  • Réduction de bruit à la pose longue : Certains reflex sont équipés d’une réduction de bruit à la pose longue (à distinguer de la réduction de bruit à la sensibilité). [1]
  • Si votre reflex est équipé de l’option réduction du bruit à la pose longue, il fait lui-même le « dark » et le soustrait à votre photo, ce qui vous évite d’avoir à le faire vous-même sur l’ordinateur. [2]
  • Sensibilité : On paramètre l’appareil sur la définition la plus fine de l’image (tous critères confondus). Vous réglez donc votre appareil sur la plus basse sensibilité possible, qui sera 50, 100 ou 200 selon la marque.
  • Le réglage de l’ouverture : Idéalement, un objectif a le meilleur piqué aux valeurs de f/5,6, f/8 ou f/11 et c’est bien entendu ces valeurs qu’il faudra privilégier pour obtenir le meilleur rendu. Au delà survient le phénomène de la diffraction qui fera baisser le piqué de votre photo. Ceci étant, je pense qu’il faut relativiser la gêne posée par la diffraction. Autant en macro ou en portrait, la perte de piqué peut être vraiment gênante , autant en pose longue, suivant les cas, le résultat peut être tout à fait valable. Ci-joint 2 exemples de poses longues, une réalisée à f/22 et l’autre réalisée à f/25, qui malgré une ouverture de diaphragme très petite conservent un piqué nettement acceptable, tout au moins pour des tirages en 30×40 cm.

2 - Le matériel

Il n’y a pas nécessité d’être équipé en matériel professionnel pour faire de la pose longue. Ceci dit, un minimum est tout de même nécessaire.

  • un appareil photo permettant la pose T : La pose T est un mode qui permet de déclencher l’ouverture et la fermeture de l’obturateur manuellement -> on appuie pour ouvrir, on appuie pour fermer ; l’intervalle de temps entre les deux étant laissé à votre bon vouloir. Cette option de l’appareil nécessitera l’emploi d’une télécommande la plupart du temps non fournie avec l’appareil.
  • un trépied : Choisissez un modèle solide et relativement lourd, le poids étant le garant d’une bonne stabilité de l’ensemble. Une bonne solution consiste à choisir un modèle dont l’embase de la colonne supportant l’appareil est munie d’un crochet permettant d’y accrocher son sac photo.
  • des filtres à densité neutre (Neutral Density) : Afin de faire de la pose longue en pleine journée, il vous faut impérativement, pour baisser la quantité de lumière entrant dans l’appareil, visser des filtres sur son objectif. Ces filtres n’altèrent pas le contraste de la scène photographiée, comme vous pouvez le voir sur l’exemple ci-après (tout juste peut-on voir une légère dominante rosée sur la photo avec filtre montrant par ailleurs que ces filtres ne sont pas totalement neutres.

Ces dérives sont facilement récupérables en réglant la balance des blancs sur n’importe quel logiciel de traitement d’image).

Ces filtres sont souvent notés des deux lettres ND suivies d’un numéro. Ce nombre désigne le degré d’opacité du filtre et correspond en fait à la valeur multiplicatrice du temps de pose. Vous pouvez cumuler jusqu’à 2 filtres ensembles (au delà, vous aurez un vignettage marqué). Quand vous utilisez 2 filtres, leur valeur respective se multiplie. Ainsi, un ND8 et un ND 1000 multiplieront le temps de pose par 8000 ; 2 filtres ND 1000 multiplieront le temps de pose par 1.000.000. Nous verrons au chapitre suivant comment se calcule le temps d’exposition.

Le matériel qui suit n’est pas à proprement parler indispensable mais peut se révéler appréciable pour une pratique régulière :

  • une calculatrice : un modèle simple qui vous permettra de réaliser les divisions et conversions nécessaires pour calculer le temps de pose.
  • un chronomètre : Un modèle simple suffira, voire le chronomètre d’un téléphone portable.
  • une batterie supplémentaire pour votre appareil : Quand votre appareil reste en pose pendant une dizaine de minutes, votre batterie travaille en arrière-plan afin de fournir au capteur l’énergie nécessaire pour capturer la lumière de la scène. La batterie va se décharger rapidement . Si vous souhaitez poursuivre votre séance, prévoyez des sources d’énergie supplémentaires. Attention aux marques de batterie compatibles, elles sont certes moins chères mais peuvent poser des problèmes en terme de sécurité. Privilégiez les batteries de la marque de votre appareil.
  • un chargeur allume-cigare : Cet accessoire vous permettra de recharger vos accus en voiture et de poursuivre sereinement vos prises de vue.
  • Un accessoire bien pratique, que ce soit pour la pose longue, ou pour la photo de manière générale en pleine nature : le treillis ou la veste style chasseur pleine de poches, pour avoir les choses à portée de main sans qu’elles nous encombrent.

Enfin dernier conseil : la photo, et plus encore en pose longue, est une pratique assez statique. Si vous y allez de bon matin, prévoyez des vêtements chauds.

3 - Calculer l’exposition

Voyons le détail du calcul de l’exposition pour une pose longue en s’appuyant sur l’exemple du cliché ci-après réalisé sur la côte atlantique.

La mesure de lumière sans le filtre avec une ouverture à f/9 me donnait 1/10e s.

J’avais décidé d’utiliser 2 filtres, un ND8 et un ND1000, qui me permettaient donc de multiplier le temps de pose par 8000. Cette valeur sera adaptée en fonction du ou des filtres que vous utiliserez. Pour un ND400, vous multiplierez par 400 ; pour un ND400 et un ND8, vous multiplierez par 3200, etc.

Ici, ça nous donne donc le calcul suivant : 8000 x 1/10=800s

À partir de là, il ne reste plus qu’à effectuer une conversion en min-sec.

On divise donc 800 par 60 = 13,33 (vous voyez l’intérêt de la calculatrice).

La valeur entière (13) correspond aux minutes. En revanche, il faut multiplier la valeur décimale (0,33) par 60 pour obtenir les secondes : 0,33×60 = 19,8.

On obtient donc un temps total de 13min20sec de pose.

4 - La prise de vue

Vous êtes sur le lieu de prise de vue et les conditions sont idéales. Comment procéder ?

Avant toute chose, votre appareil doit être déjà monté sur le trépied (vous éviterez ainsi de faire une mauvaise manip et de le faire tomber).

  • posez votre trépied
  • faites votre cadrage
  • faites la mise au point (que ce soit en manuel ou en autofocus importe peu. Par contre, n’oubliez surtout pas une fois la netteté faite de désactiver l’autofocus).

Une fois cette première étape passée, réglez votre ouverture et faites une mesure de lumière. À ce stade, je vous conseille d’ailleurs de faire une photo test sans les filtres afin de vérifier que la mesure de votre appareil ne se trompe pas (il serait dommage de faire une pose de 10 minutes pour s’apercevoir au bout du compte que votre ciel est cramé à cause d’une mauvaise mesure de lumière). Suivant la photo test, faites les ajustements nécessaires afin d’obtenir une photo correctement exposée.

Ça y est, vous avez obtenu votre couple vitesse/diaphragme, calculez maintenant votre temps d’expo (cf. par. 2). Passez votre appareil en pose T (pour ceux qui ne savent pas comment faire, je vous renvoie à la notice de votre appareil). Puis vissez délicatement sur votre objectif le ou les filtres ND (si vous en mettez 2, vissez d’abord les filtres ensembles, puis vissez le tout sur l’objectif). Ne serrez pas, faites juste un demi ou trois- quart de tour. Ajustez enfin le pare-soleil sur l’objectif sans le verrouiller.

Vous voilà prêt à déclencher. Vous prenez votre chronomètre, votre télécommande et vous appuyez en même temps sur les 2. Arrivé au bout du temps défini aux étapes précédentes, vous appuyez à nouveau sur la télécommande pour fermer l’obturateur et voilà enfin votre première pose longue réalisée.

Maintenant, c’est à vous. Vous avez les clés en main, ne reste plus qu’à… Bien sûr, nous avons traité là uniquement de toute la partie concernant directement la prise de vue. La partie « traitement de la photo » est tout aussi importante, mais là c’est une autre histoire…

Bonnes photos !


[1En pose longue, le capteur génère du bruit en chauffant. Pour diminuer, voire enlever ce bruit, les photographes astronomes refont une ou plusieurs photos dans les mêmes conditions que la pose longue (même temps, mêmes réglages) mais avec le capuchon sur l’objectif. Ainsi sur ces photos, il ne reste que le bruit. Puis sur un logiciel de traitement d’image, on superpose le « dark » sur un calque au dessus de la vraie photo, et on le passe en mode « différence », ce qui soustrait le bruit de la photo d’origine.

[2Seul inconvénient : votre appareil reste indisponible 2 fois plus de temps, le temps de la pose pour la photo et le temps de la pose pour le « dark ». Ainsi si vous faites une pose longue de 5 minutes, votre appareil restera indisponible pendant 10 minutes. Il faut activer cette option avant toute séance de pose longue.